Elle est bien bonne !

Le Devoir nous apprend ce matin que Le soccer s'attaque au racisme. La journaliste nous dit que :

La Fédération de soccer du Québec (FSQ) lance la campagne «Non au racisme sur mon terrain». Profitant de la venue à Montréal cet été des compétitions de la Coupe du monde U20 de la Fédération internationale de football (FIFA) 2007, la fédération veut être un joueur actif de la prévention du racisme et souhaite qu'au-delà du sport, l'événement laisse des traces durables dans la société.


Rappelons qu'en février dernier la Fédératon de soccer du Québec avait fait la manchette parce qu'elle avait expulsée une jeune joueuse de soccer à Laval parce qu'elle portait un voile. Aujourd'hui, la FSQ dit vouloir se pencher sur les problèmes que peuvent rencontrer les joueurs des communautés culturelles... L'histoire ne dit pas si à l'avenir la Fédération laissera jouer les jeunes filles voilées.

L'article au complet.

Ruptures no 7 maintenant disponible !

Le numéro 7 de Ruptures, la revue francophone de la NEFAC est maintenant disponible.

N.B.: L'intégral du numéro 6 est maintenant disponible sur le site au format pdf (Cliquez ici).

Au sommaire du no 7 :

  • Des anars s'organisent à l’école
  • Quand l’extreme droite se mele de santé et d'environnement
  • L'autodéfense comme stratégie d’émancipation
  • Oaxaca : pouvoir populaire contre pouvoir d’Etat
  • Introduction au CIPO-RFM
  • Entrevue avec un magoniste
  • Claude Gauvreau, écrivain de l’anarchie
  • Ecologie et révolution
  • Notes de lecture


À Québec, Ruptures est notamment en vente à la Tabagie Saint-Jean ("La Pipe", au 820 rue St-Jean)

Histoire : La Commune de Québec ?...

Lu dans Le Devoir du 30 mai :

Québec au printemps 1878: crise constitutionnelle et émeute communiste - Une page reléguée aux oubliettes de l'histoire

Yvan-M. Roy, Avocat

Édition du mercredi 30 mai 2007

Le 26 mars dernier, les électeurs du Québec se sont donné un gouvernement minoritaire. Une telle situation ne s'était pas vue depuis 1878, quand une grève générale avait brouillé le contexte politique. La capitale avait alors été paralysée pendant dix jours. Les grévistes harangués par des agitateurs venus d'Europe s'étaient mis en marche derrière le drapeau rouge. La troupe avait mis fin aux troubles à coups de sabre et de fusil. Retour sur cette page d'histoire.

La crise constitutionnelle

Le 2 mars 1878, ayant refusé l'adoption par le Parlement d'une loi sur le chemin de fer, le lieutenant-gouverneur Letellier de Saint-Just avait destitué le premier ministre de Boucherville, un conservateur. Le 8 mars suivant, Letellier avait appelé Henri-Gustave Joly, de l'opposition libérale, à former le cabinet. La situation devint intenable et des élections générales eurent lieu le 1er mai. Les conservateurs, maintenant dirigés par Joseph-Adolphe Chapleau, firent élire 32 députés, les libéraux 31. Restaient cependant deux conservateurs indépendants, qui se rallièrent aux libéraux. Letellier appela Joly à former le gouvernement. Furieux, les conservateurs parlèrent de crise constitutionnelle. Le 4 juin, les chroniqueurs parlementaires décrivirent l'ouverture houleuse de la quatrième législature, ceux de Québec dans les pages du Canadien, ceux de Montréal dans celles de La Minerve.

Grève, parades et fermeture de chantiers

À la crise politique vint s'ajouter une crise sociale d'envergure. Le jour même où s'ouvrait la joute parlementaire, des journaliers employés à la construction des nouveaux édifices du gouvernement s'unirent pour protester contre leurs «salaires de famine». L'entrepreneur Cimon, qui dirigeait les travaux, fut chassé du terrain sous une grêle de pierres. Le lendemain, les grévistes paradèrent dans les rues de Québec, empêchant les employés des travaux publics de vaquer à leurs occupations. Ils firent également cesser le travail au chantier du chemin de fer de la rue Saint-Jean.

Le 7 juin, une nouvelle parade se mit en branle en début d'après-midi, drapeau rouge et bleu en tête avec chansons de circonstance. Les ouvriers s'arrêtèrent aux bâtisses du parlement pour demander au premier ministre Joly d'être payés 1 $ par jour au lieu de 50 ¢. Au nom de l'entrepreneur, le premier ministre leur proposa une augmentation de 20 ¢, ce que les grévistes refusèrent.

Le soir du 9 juin, le premier ministre fut attaqué sur la rue après l'ajournement de la Chambre. Heureusement, il fut secouru par des amis. La rumeur courut que ses assaillants étaient issus du groupe des grévistes venus le voir au parlement deux jours plus tôt. [...]

Deux jours plus tard, les grévistes se réunirent en grand nombre. Après avoir écouté le discours d'un de leurs chefs, ils se mirent en marche. Au nombre de 700, ils visitèrent les usines du Chemin de fer de la Rive-Nord. Après une vive discussion avec le contremaître, ils se mirent à démolir les portes et les fenêtres de l'établissement.

Ils se rendirent ensuite à la fabrique d'allumettes Paré sur la rive de la rivière Saint-Charles. Ils fermèrent l'établissement en causant beaucoup de frayeur «aux filles» et aux autres employés. Ils firent de même au moulin Roche, dans le secteur de l'anse aux Foulons. Ils lancèrent des pierres à la police riveraine, blessant sérieusement cinq policiers. [...]

Durant la nuit du 12 juin, plusieurs navires furent remorqués du côté sud du Saint-Laurent pour être déchargés par les journaliers de Lévis. Au petit matin, des miliciens volontaires venus de Montréal commencèrent à débarquer pour prêter main-forte aux autorités. Sauf quelques exceptions, les manufactures de Québec demeuraient fermées.

Communistes parisiens et drapeau rouge

En matinée, 2000 grévistes étaient assemblés dans le quartier Saint-Roch. La Minerve rapporte une nouvelle surprenante: «Parmi les meneurs étaient plusieurs communistes parisiens. La populace a paradé dans les rues ce matin avec drapeau rouge en tête.»

Des citoyens alarmés firent chercher en vain le maire Robert Chambers pour qu'il proclame la loi sur l'émeute et autorise la troupe à disperser les séditieux. Finalement, la batterie B, seul corps militaire régulier de la capitale, fut dépêchée sur la scène des désordres. Sans proclamation de la loi de l'émeute, les militaires ne pouvaient pas utiliser les armes. Les soldats furent obligés de retraiter à la halle Jacques-Cartier sous une grêle de cailloux et de projectiles de toute sorte. Le capitaine Prévost et quelques soldats furent gravement blessés.

Le journaliste de La Minerve écrivit: «La populace s'est rendue maître de la ville et personne ne s'intéresse aujourd'hui à la politique.» La grève avait pris des proportions alarmantes. L'entrepreneur Cimon fit savoir qu'il se proposait d'intenter une poursuite contre la Ville de Québec parce que l'apathie des autorités ne l'avait pas protégé contre les émeutiers. Le Canadien, journal conservateur, trop occupé à dénoncer la crise politique, ignorait l'évolution de l'émeute.

Quittant Saint-Roch, les grévistes prirent la direction du port. Ils prirent d'assaut les magasins de M. Renaud, rue Saint-Paul. Ils s'emparèrent de 200 barils de farine. Toutes les voitures sur place furent réquisitionnées et les charretiers contraints de porter les barils dans les quartiers ouvriers.

Fusillade, charge au sabre et frayeur populaire

Au début de l'après-midi, les militaires prirent position sur la rue Saint-Paul, près des magasins Renaud. Le maire proclama enfin la loi de l'émeute. De nouveau la cible de pierres, les militaires ouvrirent le feu à 14h30. Ils commencèrent à tirer avec des cartouches à blanc, puis le colonel Strange commanda le feu avec de vraies balles. Au pied de la côte du Chien (côte Dambourgès), Édouard Beaudoire, de nationalité française, s'était penché pour ramasser une pierre. Le jeune homme reçut une balle qui lui fracassa le crâne. D'autres furent blessés. Plusieurs s'enfuirent, mais la foule des spectateurs demeura imposante.

À la Haute-Ville, le huitième bataillon des Voltigeurs reçut l'ordre de mettre les armes de l'arsenal en sûreté à la Citadelle. Les soldats de la batterie B prirent position autour du parlement afin de prévenir une attaque des émeutiers. La Minerve rapporta: «La ville est plongée dans le plus grand émoi. Plusieurs personnes de la rue Saint-Paul sont tombées malades de frayeur.»

Les émeutiers se regroupèrent, tentèrent sans succès de détruire le moulin Peters, puis montèrent en groupes à la Haute-Ville afin de s'en prendre à M. Cimon, qu'ils ne réussirent pas à trouver. La cavalerie accéda à la Haute-Ville par la côte de la Montagne afin de bloquer le chemin à la foule en colère. La charge fut donnée à grands coups de sabre. Plusieurs émeutiers furent blessés. [...] Après examen, un seul émeutier, nommé David Giroux, fut retenu captif.

Le maire de Québec pris en chasse

Peu avant 20h, une partie des émeutiers se présenta à la résidence du maire Chambers pour le rencontrer. Comme on leur en refusait l'entrée, les émeutiers défoncèrent la porte pendant que le maire se sauvait par la porte arrière. Une fois à l'intérieur, les intrus visitèrent la maison de la cave aux mansardes en proférant des menaces aux quelques occupants demeurés sur place.

Pendant que le maire Chambers fuyait, près de 4000 hommes se trouvaient réunis à la Basse-Ville. Des discours incendiaires furent prononcés. [...] Peu avant minuit, près de mille hommes se rendirent à la prison afin de demander la libération de David Giroux. Le geôlier refusa. Ils brisèrent les fenêtres avant de se retirer.

Le 13 juin au matin, des renforts montréalais débarquèrent sans opposition au port. Le commandement militaire prit les mesures nécessaires pour empêcher tout attroupement. [...]

Une réunion populaire eut lieu à la salle Jacques-Cartier. La Minerve rapporta: «Un Français, un communiste apparemment, lui a adressé la parole, disant à la foule qu'il fallait du pain ou du sang. Il conseilla la patience, cependant, en attendant le départ des troupes.» [...]

Émeute matée

Le 14 juin, La Minerve fit le bilan des événements de la veille en annonçant que l'émeute avait été matée: «Les grévistes sont maintenant tranquillisés et sont retournés à l'ouvrage.» [...] L'intervention musclée de six régiments armés avait réussi à vaincre la volonté séditieuse de la populace. [...]

À Paris, le journaliste Alexandre Delouche de la presse catholique réagit aux événements de Québec dans un article qui fut reproduit le 19 juillet dans La Minerve. Delouche dressa d'abord un bilan de l'action socialiste en Europe dans les premiers mois de 1878. Il fit un tableau de la situation en France: «Ici, nous chantons l'apothéose du travail, et la lave révolutionnaire menace de tout engloutir.» [...]

Il présenta la situation du Canada: «Enfin, pour abréger cette énumération aussi véridique que peu réjouissante, nous regardions le Canada comme une oasis morale au milieu du chaos universel; il nous semblait que le souffle empesté de la révolte sociale ne franchirait pas la rive droite du Saint-Laurent; mais l'illusion n'est plus permise; Québec a eu ses journées! "Pillant et démolissant", dit La Minerve de Montréal, "l'émeute a été maîtrisée de la ville et, pour la réprimer, il a fallu que le sang coule!"» [...]

L'émeute de Québec de 1878 mobilisa des centaines de policiers et des milliers de miliciens. Le premier ministre du Québec et le maire de la capitale furent physiquement menacés. Le travail et le capital s'opposèrent radicalement sur fond de crise politique. Des dommages considérables furent causés aux propriétés. L'émeute fut reléguée aux oubliettes de l'histoire. On ne parlera jamais des communards de Québec. Il n'y eut, semble-t-il, aucun procès, aucune répression, aucune déportation. Le Nouveau Monde se révéla plus tolérant que l'Ancien Monde.

Familles de classe moyenne : la droite se fout de votre gueule !

À en croire le bruit de fond qui nous tient lieu de débat politique, les familles de classe moyenne seraient au coeur des préoccupations de tous les partis, en particulier de ceux de droite. Le dernier budget, et ses baisses d'impôt, aurait même été écrit pour nous. À croire que tout ce qu'on a besoin c'est de plus d'argent dans nos poches...

L'argent... Maudit argent! C'est vrai que c'est un problème. On manque toujours de cash et on tire le yable par la queue. C'est clair net et précis qu'il y a du monde qui rush plus que nous --les vrais de vrais pauvres-- mais c'est pas la joie pour autant dans les chaumières de classe moyenne. Ceci dit, me semble qu'il y aurait mieux à faire que des baisses d'impôt.

Au mieux, les baisses d'impôt c'est quelques centaines de dollars de plus par année. Pas de quoi fouetté un chat. Si le gouvernement avait une politique de développement économique digne de ce nom, on aurait peut-être pas besoin de ces baisses d'impôt là. Depuis 2002, il s'est perdu 250 000 emplois industriels syndiqués au Canada. Des jobs de classe moyenne. Heureusement, pas mal tout le monde s'est retrouvé un emploi. Mais à quel prix? D'après Statistique Canada, les gens ont perdu 25% de revenu dans la transition. Drette, frette, sec c'est 10 000$ par année par tête de pipe de moins dans nos poches. Et il y a tout ceux qui gardent leur job. Que ce soit dans le public ou dans le privé, la pression est forte pour se fermer la trappe, rentrer dans le rang et accepter des baisses de salaire. C'est pas les baisses d'impôt qui vont compenser pour ça. La droite se fout de notre gueule quand elle attaque tous les syndicats un peu remuant qui, comme chacun sait nuisent à l'économie, tout en disant le faire au nom de la classe moyenne... qui, évidemment, n'est pas syndiquée (évidemment, il n'y a que les "privilégiés" de syndiqué, tout le monde sait ça!).

Non content d'attaquer nos salaires à proprement parler, la droite veut aussi attaquer notre salaire social. L'impôt, c'est pas juste de l'argent qui sort de nos poches et qu'on revoit jamais. Les programmes sociaux, c'est un salaire social. Et c'est financé par l'impôt. Ça coûte toujours moins cher de payer de l'impôt que de financer les services directement. Sous couvert de nous redonner de l'argent, ils vont nous appauvrir parce que tôt ou tard ils vont sabrer dans le salaire social. Et nous, ben on va casquer avec les hausses de tarifs.

Un exemple niaiseux. Dans le dernier budget le gouvernement aurait pu choisir d'investir 200 millions pour créer 20 000 places de garderie de plus (une promesse libérale). À la place, il baisse les impôts. Pourtant, il manque de place en garderie et ça ne peut qu'aller en empirant avec le mini baby-boom qu'on vit actuellement. Et c'est qui qui rush avec les listes d'attente et les tarifs de fou du privé? Les baisses d'impôt ne compenseront pas pour ça...

On a le choix. On écoute les sirènes de la droite et on s'enfonce dans le chacun pour soi et au plus fort la poche. Ou bien on se revire de bord, on réalise que la classe moyenne d'aujourd'hui c'est pas mal la même affaire que la classe ouvrière à grand-papa, on se sert les coudes et on se tient debout. Ensemble. M'enfin.

À signaler - l'ordre sans le pouvoir

Le Salon du livre anarchiste de Montréal selon Le Devoir :

Salon du livre anarchiste à Montréal - l'ordre sans le pouvoir

Caroline Montpetit
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 mai 2007

Aujourd'hui s'ouvre à Montréal le 8e Salon du livre anarchiste, qui lieu au CEDA, centre communautaire de la Petite-Bourgogne, au 2515, rue Delisle. On y attend plus de 100 exposants qui présenteront surtout des livres, mais aussi des oeuvres d'art, des films et des conférences.

L'événement se passe dans les deux langues, et ses exposants viennent autant du Québec que de la France, de la Belgique, des États-Unis, de l'Ontario et de la côte ouest.

«Il y a environ la moitié des exposants qui viennent de Montréal, et l'autre moitié qui viennent d'ailleurs», dit Louis-Frédéric Gaudet, des Éditions Lux, qui participe à l'organisation de l'événement.

Ce serait, promet-on, l'occasion de feuilleter des livres qui ne sont pas en librairie, bien que la librairie L'Insoumise, sur la rue Saint-Laurent près d'Ontario, se spécialise dans les publications relatives au mouvement anarchiste.

Tous les anarchistes ne sont pas regroupés en association, mais certains anarchistes québécois se retrouvent dans la North Eastern Federation of Anarcho-Communism, qui publie, en français, la revue Ruptures, et en anglais, la revue The North Eastern Anarchist.

Le mouvement anarchiste québécois a récemment retenu l'attention des médias, alors que le président de la FTQ, Henri Massé, l'associait au vandalisme.

«C'est simplifier la question que de la poser seulement de cette façon-là [sur la base de la violence], dit Louis-Frédéric Gaudet. Dans la tradition anarchiste, il y a eu, au XIXe siècle, un mouvement qui se réclamait de la propagande par le fait. Il voyait dans l'assassinat sélectif, politique et économique, une tactique propice au renversement du capitalisme...»

Selon M. Gaudet, cette tendance s'est manifestée à une période précise, durant quelque 20 ou 30 ans, et on s'en est ensuite largement servi pour discréditer le mouvement anarchiste.

M. Gaudet, quant à lui, préfère se réclamer de Proudhon, théoricien français à qui on attribue la fondation de l'anarchisme, qui définissait son idéal comme étant «l'ordre sans le pouvoir». Gaudet ajoute d'ailleurs que des études d'anthropologie ont désigné certaines sociétés autochtones, par exemple, comme étant anarchistes, c'est-à-dire jouissant d'une démocratie «sans intermédiaire». Cet «ordre naturel» a pour valeurs essentielles l'égalité et la fraternité. Louis-Frédéric Gaudet retrouve aussi des formes d'anarchisme durant la guerre civile espagnole, dans les années 1930, ou en Russie, au début du siècle dernier.

Dans cette optique, l'anarchisme cesse d'être un mouvement qui ne s'intéresse qu'aux marginaux de la société. Et l'association de ce mouvement à la culture punk ou aux jeunes de la rue est un mythe, dit Louis-Frédéric Gaudet. «Il y a aussi des militants en défense des droits humains qui se réclament de cette tendance», dit-il.

À ne pas manquer - Un panel avec des camarades de No Pasaran à Québec

La montée de la droite au Québec et en France
Quelles résistances libertaires?


Un panel avec deux camarades de No Pasaran (France) et un de la NEFAC (Qc)

29 mai, 19h
Contribution volontaire
Café Bar l’AgitéE
(251 rue Dorchester)

Une initiative du Collectif anarchiste La Nuit (NEFAC-Québec)
Info : nefacquebec@yahoo.ca ou www.nefac.net

L’occasion idéale de mettre la main sur le no 7 de la revue Ruptures (4$) !

cliquez sur l'image pour downloader une affiche en pdf

À ne pas manquer ! Salon du livre anarchiste de Montréal

Le huitième Salon du livre anarchiste de Montréal
CEDA -- 2515 rue Delisle -- (Métro Lionel-Groulx )


Samedi, le 19 mai, 2007, 10h-18h
    plus de 100 kiosques
    des ateliers d'introduction
    festival de film
    d'expositions d'ouvres d'art
    les activités d'enfants


Dimanche, le 20 Mai, 2007, 11h-17h
    Une journée d'ateliers et de conférences anarchistes


Cliquez pour plus d'infos

Cause commune no 14

Le numéro 14 de Cause commune, le journal de la NEFAC au Québec, est maintenant disponible sur le web. 3000 exemplaires papier de ce journal sont distribués gratuitement par des militantEs libertaires, membres ou non de l’organisation. Cause commune se veut un tremplin pour les idées anarchistes, en appui aux mouvements de résistance contre les patrons, les proprios et leurs alliés au gouvernement. Si le journal vous plaît et que vous voulez aider à le diffuser dans votre milieu, contactez le collectif de la NEFAC le plus près de vous.

Un pdf à basse résolution --format tabloïd-- est disponible.

Au sommaire du no 14 (format HTML)

Anarchisme 101 selon Le Devoir

Anarchisme 101

Par Brian Miles (Le Devoir)

«Des anarchistes», a laissé tomber le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Henri Massé, lorsque huit jeunes ont brièvement occupé son bureau mardi avant d'être délogés par des fiers-à-bras du syndicat particulièrement habiles avec une scie circulaire. La remarque a indigné certains anarchistes, qui en ont soupé d'être associés à la casse dans les médias de masse.

Elle est étudiante à la maîtrise en philosophie, mère de famille, anarchiste fâchée contre Henri Massé au point de l'envoyer paître... mais certainement pas violente, contrairement à ce qu'a laissé croire le président de la FTQ cette semaine en faisant un amalgame facile entre anarchisme et vandalisme. Louise Caroline Bergeron est une anarchiste qui n'en peut plus que ce mouvement humaniste soit associé à la casse.

Mme Bergeron a sursauté lorsque le président de la FTQ, Henri Massé, a qualifié d'anarchistes les militants qui ont envahi son bureau mardi lors de la Journée internationale des travailleurs. La jeune femme n'a rien à voir avec cet «incident» qui s'est soldé par l'expulsion manu militari des jeunes par des membres de la FTQ-Construction. Pour la postérité, rappelons que ces intellectuels de la scie circulaire ont découpé la porte du bureau de leur chef avant de mettre la main au collet des militants. Ils les ont cloués au sol, tirés par les cheveux et expulsés du siège social de la FTQ sans que personne, d'un côté comme de l'autre, porte plainte à la police.

L'accusation de M. Massé, reprise dans les médias de masse, a fait bondir Mme Bergeron. «L'anarchisme et la casse, pour moi, ça ne rime pas ensemble», explique-t-elle en entrevue. La perception du public à l'égard de l'anarchisme est «pandémique» au Québec, au point de confondre vandales, anarchistes-citoyens ordinaires, manifestants pacifistes et parfois même militants syndicaux, déplore-t-elle. «L'idée de l'anarchisme est à repenser. Il y a des mères là-dedans aussi. On a des enfants et on les allaite. On n'a pas le temps d'aller briser des vitres!», lance Mme Bergeron, qui s'est fait connaître du public il y a quelques années à titre de cofondatrice du Club Compassion, un organisme faisant la distribution de marijuana à des fins thérapeutiques.

D'ailleurs, l'idée de saccager un bureau ou de casser des fenêtres ne sied guère à cette anarchiste convaincu pour qui l'engagement social et politique se fonde sur le rejet de toute forme de tutelle. «En brisant des fenêtres, ils contribuent au capitalisme. Y a quelqu'un qui va s'enrichir en réparant la vitre», fait remarquer Mme Bergeron.

Célébrée à travers le monde tous les 1er mai, la Journée internationale des travailleurs a pourtant ses racines dans la rencontre -- très ironique -- de l'anarchisme et du syndicalisme.

Le 1er mai 1886, bien avant l'invention de la scie circulaire et de la semaine de quatre jours, une puissante vague de grèves mobilise les syndicats de travailleurs en Amérique du Nord. L'enjeu principal de ce mouvement, particulièrement vivace à Chicago, est la réduction de la journée de travail à huit heures.

Le 4 mai suivant, une manifestation tourne au bain de sang au Haymarket Square, dans la Ville des vents, quand l'explosion d'une bombe fait huit morts parmi les policiers. Même si l'auteur de l'attentat ne sera jamais identifié, les autorités imputent la responsabilité de cette tragédie aux huit militants anarchistes qui ont organisé le rassemblement. Quatre d'entre eux sont pendus, un cinquième se suicide en prison. Les trois autres sont graciés sept ans après les faits par le nouveau gouverneur de l'Illinois, John Peter Altged, qui rétablit par le fait même l'innocence de ces huit anarchistes.

Réunie à Paris en 1889, l'Internationale socialiste consacre le 1er mai Fête des travailleurs partout dans le monde en souvenir des «martyrs de Chicago» et de la lutte ouvrière pour la journée de huit heures.

Normand Baillargeon, professeur à l'UQAM et essayiste, a perçu dans l'association de M. Massé entre anarchisme et vandalisme une ignorance flagrante de la filière anarcho-syndicaliste. «M. Massé devrait connaître un peu l'histoire du syndicalisme lui-même. Il saurait à ce moment-là que le mouvement syndical n'a jamais été aussi intéressant et fort et inspirant que lorsqu'il s'appelait l'anarcho-syndicalisme», explique M. Baillargeon, véritable bibliothèque ambulante sur la question de l'anarchisme.

Selon M. Baillargeon, ce n'est pas un hasard si les militants de la gauche ont choisi d'occuper les bureaux d'un président de centrale syndicale. «Ils sont certainement déçus du mouvement syndical. C'est pour ça que les anarchistes, à chaque 1er mai, font une marche distincte de celle des mouvements syndicaux depuis quelques années. Ils leur reprochent leur manque de combativité et de vision», estime-t-il.

En entretien au Journal de Montréal et à La Presse, les huit militants sauvagement expulsés du bureau de M. Massé ne se sont pas identifiés comme des anarchistes. Tout au plus ont-ils indiqué qu'ils s'étaient rencontrés lors de la grève étudiante de 2005, qu'ils faisaient partie d'une organisation éphémère et circonstancielle et qu'ils étaient altermondialistes et anticapitalistes. Ils perçoivent la FTQ et son président comme les rouages d'une «grosse machine impérialiste».

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que des militants de gauche ont maille à partir avec les «forces de l'ordre» de la FTQ. L'année dernière, lors de la Fête du 1er mai, des jeunes et des membres de la FTQ s'étaient bousculés, angle Sainte-Catherine et Saint-Denis, à Montréal, sans que la police sente le besoin d'intervenir.

Le mouvement syndical est «sclérosé», c'est-à-dire qu'il ne porte plus de projet social, estime Normand Baillargeon. Il s'agit du fondement de sa relation de discorde avec la gauche. «Le mouvement syndical est entré dans une logique purement adaptée au capitalisme. Il est dans une logique de défense des droits des travailleurs, mais ça fait très longtemps qu'il n'a pas défendu des idées neuves.»

Selon M. Baillargeon, les frictions entre anarchistes et syndicalistes devraient servir de leçon à Henri Massé. «Il devrait être attentif à ces voix-là, qui nous rappellent à quel point le mouvement syndical s'embourbe aujourd'hui, croit-il. Il ferait bien d'écouter les critiques qui viennent de sa gauche parce qu'elles pourraient être inspirantes pour un mouvement qui manque pas mal d'inspiration.»

Dans un texte publié récemment dans la revue sociale et politique À bâbord, M. Baillargeon et Chantal Santerre suggéraient au mouvement syndical de revenir à l'esprit des «bourses du travail». À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, ces bourses réunissaient tous les syndicats d'une région donnée au sein d'une autre organisation, parallèle et distincte. Au lieu de porter les intérêts corporatistes des syndicaux (défense des droits, amélioration des conditions de travail, etc.), ces bourses cherchaient à former une classe ouvrière autonome. Elles étaient porteuses à la fois d'une solidarité de proximité (une solidarité de classe) et d'une émancipation des travailleurs des rapports de tutelle.

C'est le propre du courant anarchiste. Sous la surface hooliganienne que les médias veulent bien exposer, tout grouille d'activité. «Il y a un foisonnement politique dans le monde anarchiste. C'est comme une pépinière de pensée, explique Louise Caroline Bergeron. Comme dans n'importe quoi, il y a des caves qui se revendiquent de tout, mais l'anarchie et la casse, c'est pas plus vrai que le sport et la casse ou même le syndicalisme et la casse.»

Sans nier les épisodes violents qui ont plombé le courant anarchiste à certains moments de son histoire, Normand Baillargeon en réitère les fondements: un projet social et politique porté par des êtres humains prenant leur vie en main dans un monde autogéré où il n'y a ni marché, ni rapports de domination, ni profit. «Il y a certainement des gens qui vont faire des gestes plus violents et plus revendicateurs. Mais il y en a dans le mouvement syndical aussi», dit-il, tranchant... comme une scie.